Il y a des passions qu’on choisit. Et puis il y a celles qu’on hérite, sans même s’en rendre compte. La mienne, je la dois à ma mère. Et si mon rapport à la mode venait d’elle ?
Le premier souvenir
Je ne saurais pas te donner une date précise. Mais l’image, elle, est nette : ma mère qui se prépare avant de sortir. Jamais à la va-vite. Toujours avec soin. Comme si chaque sortie méritait qu’on lui accorde de l’attention.
C’est elle qui m’a appris, sans jamais me l’enseigner vraiment, que s’habiller était un acte. Pas une corvée, pas une obligation, un acte.On faisait du shopping ensemble dans les magasins de Pointe-à-Pitre. Elle achetait des magazines. Et moi, je regardais, j’absorbais, je mémorisais sans savoir que je mémorisais.
À l’adolescence, j’ai commencé à faire la même chose. Chaque mois, j’allais à la librairie chercher mon Jeune et Jolie. C’était mon rituel. Ma façon à moi de continuer quelque chose qu’elle avait commencé.
Le style qu’on n’assume pas encore
Au collège, j’étais loin de tout ça. Style presque garçon manqué, peu d’attention portée à ce que je portais, toujours en jean, tee-shirt large et baskets. La mode était quelque chose que j’aimais dans les magazines, pas encore quelque chose que je vivais vraiment. Mais le classique était déjà là, quelque part. Ancré. Et avec le temps, il a pris de la place.Aujourd’hui encore, on qualifie souvent mes tenues de classe. Je ne l’ai pas cherché, c’est juste ce que je suis.

La réflexion qui a tout changé
Je vais être honnête : ce n’est pas un déclic positif qui m’a vraiment poussée à faire attention à mon style.
C’est une phrase. Lancée par une collègue qui ne me portait pas dans leur cœur qui m’a dit, un jour : « Tu n’as aucun style, tu ne représentes pas le magasin. »
Ça fait mal, ce genre de phrase. Même quand on sait, au fond, que le style n’est pas ce qui définit une personne. Que la gentillesse, le sérieux, l’implication, la bienveillance comptent infiniment plus.
Mais cette réflexion m’a allumé quelque chose. Une détermination tranquille. Depuis ce jour, je fais attention. Vraiment attention. Non pas pour prouver quoi que ce soit à cette personne (qui d’ailleurs ne travaille plus avec nous depuis longtemps), mais parce que j’ai réalisé que ce que je portais pouvait parler pour moi, avant même que j’ouvre la bouche.

La mode comme outil
Ça fait maintenant sept ans que je travaille dans un magasin de prêt-à-porter. Au départ, c’était par nécessité. Et puis je me suis prise au jeu.
Ce que j’aime le plus dans ce métier, ce n’est pas les vêtements en eux-mêmes. C’est ce qu’ils font aux gens. Aider une cliente à trouver la tenue pour un premier rendez-vous, un entretien d’embauche, un oral d’examen. Voir quelqu’un entrer hésitant et ressortir avec quelque chose de différent dans le regard.
La mode, j’ai appris à la vivre aussi de l’intérieur. Les tendances, les matières, les couleurs. Et ce moment – que je connais bien maintenant – où une cliente achète ce que tu portes juste parce que tu le portes. Parce que quelque chose dans ta façon de l’habiter lui a donné envie.

Ce que la mode est pour moi, aujourd’hui
Je m’habille selon mon humeur. Selon ce que je veux projeter. Parfois pour être à l’aise, parfois pour imposer mon autorité, parfois même pour intimider. Oui, j’assume. Mais avant tout, je m’habille pour me sentir bien. Pour que, quand je me regarde dans le miroir avant de sortir, il y ait quelque chose qui s’aligne.
La mode n’est pas superficielle. Elle est un langage. Et comme tout langage, elle dit des choses sur nous, que l’on choisisse de parler ou non et moi, j’ai choisi de parler.

